Découvrez « La Roche Enchantée », un parcours son et lumière sur la Grande Terrasse de la Roque Saint-Christophe, le plus grand abri sous roche d’Europe.
Sur 300 mètres de déambulation poétique, laissez-vous guider par Guilhem l’enlumineur, qui vous raconte son époque et ses voyages à travers le Moyen Âge.
16 tableaux sont projetés en alternance sur la roche, chacun révélant une histoire, des anecdotes et des faits historiques, pour apprendre en s’amusant.
Voici le texte que vous allez entendre : il vous aidera à suivre le parcours et à ne rien manquer des merveilles de La Roche Enchantée.

01 Guilhem, l’enlumineur

Nobles voyageurs, laissez-moi vous guider par mes paroles résonnant à travers les âges depuis un passé fort lointain. Or ça, en cette nuit étoilée, et par ce tunnel enchanté, nous voici en l’an de grâce mille six cents. Mon nom est Guilhem. Bellement, je vous souhaite mon cordial salut. Je suis peintre, enlumineur et fresquiste. Ce don m’octroi le privilège de créer de belles scènes sur les murs des églises, des cathédrales, et de moult castels. C’est la nature qui m’offre ses couleurs : le bleu provient de l’azurite, le rouge du cinabre, l’ocre de pierres oxydées. Ainsi broyé, j’obtiens des pigments m’offrant milles teintes. La valses des couleurs est infinis : le rouge et le bleu imposent le violet, le rouge et le jaune offrent l’orange, le bleu et le jaune féconde le vert ! Par ces peintures, laissez-vous conter ce qui autrefois, donnait vie à cette roche enchantée. Dans « imagination », n’y a-t-il point le mot « magie » ? Suivez-moi, compagnons de rêverie. Restez serein, parlez à voix basse et demeurez vigilant à vos pas, car le sol est jonché de moult trous et creusements, vestiges de la citadelle d’antan.
02 Le Jardin médicinal
Permettez-moi de vous présenter Antòni, herboriste, poète, et conteur. Il arpentait collines et bois, cueilletant à la brune ses plantes magiques. Il maîtrisait l’art des « simples », ces herbes à tisane qui guérissent ou enchantent. Avant le grand démantèlement, il était guérisseur à la Roque Saint-Christophe, et mon ami le plus précieux. Les villageois lui apportaient les fruits des bois ou leurs plantes de parterre pour qu’il en fasse onguents et potions vivifiantes ! Cet enchanteur à la longue barbe couleur de givre me secourut bien des fois de vilaines fièvres, ou de maux étranges. A la nuit tombée, autour d’un feu de bois réchauffant le manant de son éreintante journée, il prenait le temps de nous conter les histoires des temps passés, donnant vie aux légendes et créatures merveilleuses abritant nos forêts. Ainsi ai-je peint pour vous, cette première scène, rendant hommage à Antòni, herboriste, poète, et enchanteur. Entre vous et moi, je le soupçonne quelque peu d’avoir ensorcelé mes pigments, donnant vie aux fresques que je vous présente ici. Lors de votre cheminement, compagnons de rêverie, s’il vous vient à croiser quelques parts de magies, sans nul doute la cause en serait la présence d’Antòni.
04 Les Troubadours
Cette terrasse dominant la vallée, creusée depuis l’aube des temps, n’est plus habitée que par le vent, survolées par moult buses, milans noirs, éperviers et faucons nichant dans les alcôves. À la nuit tombée, ce sont les chouettes effraie ou les Moyen Duc qui viennent y trouver refuge. Mais il y a si peu de temps, céans, se dressaient maintes maisonnées, église et castel de grande renommée ! Les Seigneurs de La Roque, dit-on, donnaient banquets et grandes fêtes. De toute l’Occitanie y venaient nos meilleurs troubadours ! J’ai vu, de mes yeux vus, cet ours gigantesque, se dresser fièrement sur ses pattes arrières, côtoyant sur l’estrade cette étincelante saltarelle. A la lueur de la lune écarlate, j’ai cru sentir mon cœur chavirer pour sa beauté délicate. Ou était-ce le ravissement de sa danse tournoyante et le rythme enivrant des ménestrels l’accompagnant ? Par ma foi, compagnons de rêveries, mon cœur se rempli de liesse ! Profitez avec moi une dernière fois de ce joyeux saltimbanque faisant virevolter ses balles en belle jonglerie.
05 Le banquet

A quelques pas de ma fresque aux troubadours, des chandelles vacillantes éclairent une longue table en bois vieilli. Imaginez, assis à nos côtés, ces beaux seigneurs, ces nobles dames et ces preux chevaliers ! Ils se désaltèrent des plus fins nectars et festoient avec les mets les plus délicats ! Observez ces plats, mes amis, et imaginez ce festin flamboyant… Mais, serait-ce un tour de notre vieil Antòni ? Dans ces écuelles de bois creusé, voyez, chers compagnons, apparaitre comme par magie, ces victuailles fantastiques… Dans l’alcôve voisine, je vous présente le portrait de nos hôtes, tout entourés de fleurs colorées, tel que mon pinceau aime les immortaliser ! Si fait, dans le vent flottent les échos lointains des rires et des murmures de leurs convives… En cet instant de grande joie, chers amis, j’aime à vous partager ces moments de festoyance, suspendus dans le temps tel que nous le sommes du haut de notre chère falaise aux milles rêves, et aux fabuleux souvenirs.
06 Damoiselle Isabeau et les chevaliers courtisans
Oh, mais laissez moi vous conter l’un des tournois les plus prestigieux et des plus romanesques qu’ait pu connaitre notre chère falaise. Oyez, chers amis, cette histoire tel que notre cher Antòni s’était plu à me narrer lors d’une veillée au coin du feu dont il avait le secret. La belle et charmante Isabeau, damoiselle de la cour d’Adhémar de La Roque, était, dit-on, tout sucre et tout miel. Sa naturelle beauté attirait bien des regards. C’est alors que deux preux chevaliers s’affrontèrent en belles palabres afin de mériter l’honneur de jouter au tournoi et d’obtenir ses faveurs. Le premier était un damoiseau à la toison de braises arborant un lion aux griffes acérées. L’autre était un rude ferrailleux chevalier portant un dragon pour blason.
« Oh Damoiselle, à votre beauté sans pareille, Nul coeur ne saurait demeurer en éveil ».
« Noble Dame, n’écoutez point ce lion futile Aveuglé de jeunesse et d’orgueil inutile ».
« Comme un lion, je suis prêt à lutter pour l’honneur, Et pour vous, noble dame, à surmonter ma peur. »
« Laissez-le aboyer et oyez ma sagesse Seul un dragon peut honorer si belle princesse ».
Alors advint-il que la belle Dame Isabeau se leva de son siège et déclara : « Chevaliers, vos paroles m’ont émue. Je brûle d’impatience de voir vos prouesses au tournoi. Que le meilleur d’entre vous triomphe et gagne mon coeur. » Si fait, à deux pas de là, j’ai transcrit ce tournoi en une folle fresque…
06 -bis Le Tournoi

Compagnons de rêverie, prenez le temps de contempler ma fresque. Elle met à l’honneurs ces preux chevaliers, aux destins liés en ce tournoi épique au pied des falaises de la Roque Saint-Christophe ! Là, à gauche, ai-je peint ce jeune chevalier au lion, vêtu de son armure pourpre et caracolant sur son destrier immaculé. Face à lui, j’ai immortalisé ce féroce champion arborant le dragon sur sa cuirasse azurée ! Je l’estime d’humeur folle, chevauchant un étalon à la robe grise comme un jour sans pain. Mais soudainement, les trompettes résonnent et les champions s’envolent, leurs lances flamboyantes pointées vers les cieux, prêtes à s’abattre comme la foudre… Mais alors que je trace les derniers détails de cette fresque, je laisse à votre imaginaire le soin de décider du vainqueur. Qui des deux remporta ce tournoi et gagna le coeur de la noble Isabeau ? Le lion passionné, ou l’indompté dragon ? Je ne puis m’en souvenir, mais si votre coeur vous en dit, demandez donc au malicieux Antòni de vous murmurer l’heureux vainqueur de ce formidable tournoi. Restez l’esprit curieux, il pourrait glisser un signe, là où vous ne l’attendrez pas.
08 La Chapelle

Accueillez cher amis, cette pénombre emplie de mystère, et cette quiétude offerte en ces lieux saints. Céans se dressait l’église de la Roque Saint Christophe ! De même s’y trouvaient un prieuré et un petit ermitage. Ouvrez votre coeur, et imaginez, la lumière rassurante des chandelles projetant leurs vacillantes lumières. Sentez le vent d’antan rapporter, comme une offrande, le chant lointain des moines pieux. La lune, de sa clarté diaphane, projette l’ombre des voutes oubliées. Regardez, moult lucioles envahissant l’abris de roche comme autant d’âme virevoltantes, porteuses de bienfaits, de protections et de chance à venir… Ô mes chers compagnons de rêverie, ainsi juché, plus près des astres que de la terre, je vous confesse ressentir la clémence d’une paix profonde. Et vous donc, la ressentez-vous de même ?
09 La Vézère Enchantée

Chers amis, le temps est venu de vous révéler un grand secret qu’en son temps, Antòni a pu me confier. Dame Lune, de la lumière argentée, éclaire la forêt et les berges de la Vézère. Moult créatures, sous la voute étoilée, viennent en tapinois boire l’eau clair de la Vézère. En journée, on y courre-chasse le gibier, on y cueillette les herbes mais à la brune, ces bois ne sont point le territoire des hommes. Mais ne croyez point qu’il n’y ait que les cerfs, les loups, les sangliers et autres goupils à venir s’abreuver… Que nenni ! Dans les hautes herbes, le petit peuple des Fades danse belles farandoles avec les lapins. Et souffrez d’apprendre qu’entre l’homme et le loup, il y a le garou, qu’entre le lièvre et le profane, il y a le Leberou ainsi métamorphosé pour expier ses péchés ! Et sachez que l’eau de la Vézère est si pure que la licorne vient s’y désaltérer. Mais dès potron-jacquet toutes ces créatures s’évanouissent… Afin d’honorer ce monde de la nuit se jouant de notre imaginaire et préludant à nos belles rêveries, j’ai peint cette fresque qui étrangement se déforme à l’approche des reflets d’eau. Ce que nous croyons voire n’est que le rêve enfanté par notre imaginaire.
11 Le Dragon et le Coulobre

De même que le jour s’oppose à la nuit, que la vertu combat le vice, la gracieuse licorne se voit confrontée au terrible dragon. Par chez nous, il a pour nom lo Coulobre ! Sous cape, on dit qu’il est affreux ! Tout plein de griffes ! Tout plein de dents ! Rapide comme l’éclair, précis comme la foudre ! Je ne suis point un couard mais… mais il est dit que ce monstre crache le feu ! Le feu m’entendez-vous ? Diablerie ! Souffrez d’apprendre qu’ici même, le dimanche de la passion de l’an de grâce mil quatre cent et un, le château, le bourg, l’église de la Roque Saint-Christophe furent réduits en cendre ! Je crains fort que les pires créatures de nos fableries ne soient aussi cruelles que l’homme… C’est Jean de Beaufort, un triste sire, haineux envers le seigneur Adhémar de la Roque qui fit incendier ce lieu durant la guerre dite de cent ans. Mais point de tourmente, mes amis, tous comme le phénix renaissant de ses cendres, la Roque-Saint Christophe fut lentement reconstruite par les artisans de nos contrées! Poursuivons mes amis, je vais vous présenter à eux.
13 La Forge
Profitez donc de la douce torpeur de cette nuit enchantée, car il y a bien des hivers, moult artisans œuvraient céans avec fracas ! Chacun avait son importance dans la symphonie du bel ouvrage, et l’incessant martellement de la forge ne vous aurait point bercé, chers amis, ni même le soufflet attisant le brasier ! Il fallait le voir, notre forgeron couvert d’un tablier de cuir, s’activant comme un diable dans un bénitier ! Le rythme régulier de chaque percussion, répété des milliers de fois, inlassablement, à intervalles égaux, tels les battements d’un cœur, sans même laisser faiblir son bras, ni sa respiration, créait une musique parfaitement réglée. Cette étrange mélodie octroie au métal l’harmonie nécessaire à l’arme parfaite, ou la solidité indispensable à l’outil demandé. L’entendez-vous siffloter ? Percevez-vous cet orchestre de feu et de fer ? A la faveur de votre imagination, la pénombre s’évanouit, au profit de la chaude lueur des braises. La forge, enfin, peut reprendre vie !
14 Les machines de levage et les vieux métiers
Céans, en la Roque Saint-Christophe, maints et maints artisans étaient établis Etes-vous prêt à en faire la rencontre ? Car en tous temps l’on se doit de les honorer. Cette fresque en tient lieu de mémoire. Le forgeron, mestre du feu et
du fer, façonnant, sous des pluies d’étincelles, des trésors de métal ! N’oublions point le charpentier, mestre du bois et de la hache, construisant maintes maisonnées et charpentes. Lui seul pouvait ainsi dresser, comme des bêtes de somme, nos grandes machines de chantier, tel le treuil de puits ou la cage à écureuil ! Or ça, n’oublions point le potier, mestre de la terre et de l’eau, modelant de ses mains habiles des oeuvres d’argile sur son tour chantant. Oh, et ma fresque aurait été inachevée si j’avais ignoré la tisserande, maistresse du fil et du métier, entrelaçant des fils chatoyants, créant des tapisseries tissées de rêves et de légendes. Et bien sûr, pour achever bellement cette fresque, il me fallait trouver le tailleur de pierre, mestre de la roche et du ciseau, sculptant des merveilles cachées dans la dureté du calcaire. Ainsi ai-je coloré cette fresque en hommage à mes amis artisans, qui façonnent le monde de leurs mains et tissent la beauté dans l’ordinaire.
15 L’écurie de l’âne
Ici, point de créature imaginaire, chers compagnons, mais l’un des plus anciens amis de l’homme. Ce petit âne gris, tel que vous le rencontrez, est l’un des plus dévoués et courageux des habitants de la citadelle. Que serait le travail de la terre, ou celui de l’artisan, sans cet allié précieux ? Sans jamais faiblir, il se rend utile à l’usage pour maints et maints labeurs. Sa force et son endurance le font piétiner la terre depuis les matines jusqu’à ce que vêpres ne sonnent au clocher, portant la farine jusqu’au boulanger, la pierre jusqu’à son tailleur, ou le charbon au forgeron. Nul ne saurait se passer de sa bravoure. Ne craignez point ses ruades et cavalcades, chers compagnons. Celui-ci est le plus doux et le plus fidèle des équidés. Pourtant moqué, à la faveur de ses cousins palefrois, fiers destriers portant nobles et chevaliers. Cependant, peu d’entre eux sauraient poser le sabot de manière assez habile pour se jouer de cette roche escarpée. Il se pourrait même que le temps d’une nuit, il vous agréé céans profiter de sa douce chaleur, lit de foin, et bienheureux réconfort.
16 La carrière

Oyez, compagnons de rêverie, alors que la lune pâlit, voici l’une de mes dernières fresques au creux de cette alcôve. En mon cœur résonne une admiration sans faille pour ces maîtres de l’artisanat, qui, avec moult poutres de bois et maintes corderies, ont forgé ces machines fabuleuses : cabestan, treuil à tambour, grue à balancier, roues à écureuil, autant d’outils précieux permettant de bâtir ces forteresses imprenables et ces demeures célestes touchant presque les cieux. Maints artisans, dans la ferveur des chantiers, ont bâti ces édifices qui dominent fièrement les collines du Périgord. Puissent nos enfants se souvenir de ces bâtisseurs et honorer leur héritage en
œuvrant pour la beauté. Par la sagesse des anciens, que leur savoir-faire ne tombe point dans l’oubli.
18 La Bibliothèque

Avant potron-minet, que le soleil bientôt renaisse pour nous offrir un nouveau jour, et que de ses rayons ne s’évanouisse la magie de mes pigments colorés, je souhaite vous présenter une ultime fresque. Pourquoi donc ai-je voulu représenter ce scribe et tous ces beaux ouvrages parcheminés me direz-vous ? Et bien, chers amis, parce que les livres ont le pouvoir de conserver la mémoire des belles choses, et qu’Antòni, par l’un de ses beaux enchantements, détenez une plume aux pouvoirs étranges. Quiconque penchait les mots sur un feuillet pouvait, de cette manière et la magie de son imagination, réécrire l’histoire tel que bon lui semblait. J’aurais tant souhaité, une dernière fois, confier à un scribe muni de cette plume, les mémoires de ma roche enchantée, afin que, tel le phénix, elle renaisse de ses cendres, et que revive encore nobles et badauds arpentant ma chère falaise. Mon vieil ami avait coutume de dire : « Si par malheur, vous êtes ignorant de l’histoire, votre tête doit s’en trouver bien démunie. Car vous oubliez alors que vous êtes telle une feuille, ignorant qu’elle fait partie d’un arbre. » Je vous en confie donc la mémoire, compagnons de rêverie, afin que jamais ne retombe dans l’oubli la sagesse des anciens, ni la beauté des temps passés. Emportez donc un peu de magie et par votre sagesse, réécrivez l’histoire, peu en importe la plume. Que ma citadelle renaisse de ses cendres, et que revienne la féérie de notre roche enchantée. Si fait, mes bons amis, petits et grands, je vous souhaite beaux songes et cœur joyeux !
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